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Romain Guilhaume

Chargé de mission du pôle Economie, Consommation et Emploi à l’Unaf «Le Rapport Stiglitz»

Quels sont les constats qui ont fait émerger ce rapport ?

Depuis une trentaine d’années, les signaux d’alerte se sont multipliés d’une partie de la communauté des chercheurs, experts et acteurs politiques. Ils soulignent que notre comptabilité nationale est inadaptée pour mesurer les progrès réels de nos sociétés. Aujourd’hui encore, au niveau des grandes sphères de décision politique, on se focalise trop sur quelques indicateurs aveugles face aux risques de crises économiques et sociales, et pour la plupart neutres aux questions du bien-être, de la qualité de vie et des inégalités (PIB, inflation, taux de chômage…). Mais aussi, ces indicateurs ne prennent pas en compte le degré de soutenabilité de notre qualité de vie, à savoir sa capacité à se maintenir dans le temps, sans pénaliser les futures générations.

Enfin, notre contexte actuel : crise économique, crise sociale, enjeux climatiques… accentue cette préoccupation.

 

Que pourraient apporter concrètement de nouveaux indicateurs ?

Avec des outils statistiques plus fins et mieux utilisés,  des crises économiques, comme celle que nous vivons, peuvent être davantage anticipées. L’articulation entre nos modes de vie, de production et l’exploitation des ressources naturelles serait mieux gérée. De nouveaux indicateurs sociaux pourraient, par exemple, nous permettre de mesurer l’impact des inégalités sur le bien-être des populations, sur l’activité économique elle-même, et même de mesurer à qui cette dernière profite réellement et à qui elle ne profite pas. Leur rôle, en somme, serait de permettre un ajustement plus efficient des politiques publiques aux besoins de toutes les populations car ils seraient des leviers fins et précis pour pouvoir agir au bon endroit.

En ce qui concerne l’évaluation de la qualité de vie par exemple, de nouveaux indicateurs pourraient mesurer les services que se rendent les familles à elles-mêmes et qui profitent en même temps à la société. Un bon exemple est celui du temps consacré à l’éducation des enfants. On pourrait très bien considérer que c’est une forme d’investissement que font les familles au profit de la société, sans qu’elles en soient compensées. Leurs enfants contribueront demain à l’activité économique et à son financement d’autant mieux qu’ils auront « bénéficié » d’un temps d’éducation décent et de qualité. De même, les déplacements domicile-travail représentent des charges de plus en plus importantes dans les budgets argent et «temps» des familles. En quelque sorte, elles supportent à la place de l’entreprise des coûts que l’on pourrait très bien considérer comme des coûts de production… Comment mesurer tous ces phénomènes, quantifier toutes ses relations pour réajuster des politiques ? De nouveaux indicateurs sont nécessaires. D’ailleurs, depuis la publication de ce rapport, l’Insee intègre certaines recommandations sur les outils de mesure du progrès économique et social déjà existants, réactive et améliore des travaux d’enquêtes, intègre des questions relatives à l’évaluation subjective du bien-être des populations et contribue à la recherche, en matière de mesure de nos impacts sur l’environnement. Si ces résultats sont régulièrement diffusés et suffisamment médiatisés, il y a une petite chance pour que les décideurs politiques révisent certaines de leurs priorités.

 

Quelles suites pour ce rapport ?

Au niveau politique, le rapport « Stiglitz » est une opportunité d’éveiller les consciences sur la nécessité de changer notre façon de regarder le monde. L’important c’est que ce rapport a déjà eu des suites. A l’Insee,  mais aussi au sein de l’OCDE*, qui s’est dotée de cadres harmonisés permettant la comparaison entre les nations.

Aujourd’hui, la bonne mise en place des recommandations du rapport dépend de deux choses. D’une part, des moyens financiers et humains suffisants pour produire des indicateurs et des informations de qualité, à un rythme au moins équivalent à ceux des grands indicateurs traditionnels tels que le PIB. D’autre part, de l’intensité et de la qualité de la participation de la société civile. En matière de qualité de vie au moins, tout le monde doit avoir son mot à dire pour avoir une chance d’influer sur ces processus de transformations et impacter la confiance et du public et des politiques.

 

Repères :

Comme le rappellent les responsables associatifs familiaux depuis bien longtemps, la finalité de toute politique est l’Homme, non l’économie.

Les informations économiques et financières, pour essentielles qu’elles soient, ne suffisent pas à mesurer ni à donner idée de la diversité des situations des familles ni de leur bien-être.

La Commission Stiglitz, du nom de son président Joseph Eugène Stiglitz, économiste américain qui a reçu un prix Nobel, est née d’une proposition de la France pour développer une « réflexion sur les moyens d’échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives » et d’élaborer de nouveaux indicateurs de richesse.

Rapport complet

Synthèse de l’Unaf : contactez l’Udaf

 

Interview menée en décembre 2010 

 

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